#3 Histoires des bénévoles

Depuis 9 ans, Curieux Racontages c’est l’envie de partager des histoires, d’ailleurs et d’ici. C’est aussi se retrouver le temps du festival. Et parce que nous n’avons pas la joie d’en profiter cette année, nous avons proposé à nos bénévoles de laisser aller leur imagination et de partager leurs histoires.

Bonne lecture !

La malédiction de Mygaléa

Il était une fois… un tout petit royaume où vivaient un roi et une reine, qui venaient d’avoir leur premier enfant. C’était un garçon et, pour fêter son arrivée, ils décidèrent de faire une grande fête. Ils invitèrent toutes les fées, les magiciens, les magiciennes, les sorciers et les sorcières du royaume, sauf une, Mygaléa. Elle était connue pour être la plus cruelle, la plus inventive pour rendre laid, tout ce qui était beau. Donc personne ne l’aimait, tout le monde en avait peur et tout le monde l’évitait.

La fête battait son plein. Tous les invités étaient en admiration devant un petit enfant si souriant. Chacun jouait de sa dextérité, de son savoir pour lui offrir la beauté, la gentillesse, des filtres d’amour, des onguents de toutes sortes pour enrayer toutes les maladies, toutes les incantations pour aplanir les difficultés qu’il pourrait rencontrer sur son chemin.

Mais tout à coup un énorme coup de tonnerre se fit entendre et Mygaléa apparut.               

– « Mon invitation a dû s’égarer » dit-elle en ricanant et en montrant ses dents pointues toutes jaunes.

– « Je n’ai rien reçu, mais me voilà ; ne vous en faîtes pas, je n’en ai pas pour longtemps ; je donne son cadeau au prince et je m’en vais ; c’est un cadeau inestimable, le cadeau de vivre d’une façon très heureuse et en paix jusqu’à ses vingt ans ! » 

Tous les invités se regardaient, médusés ; Mygaléa serait-elle devenue gentille ? Mais non, Mygaléa n’avait tout simplement pas fini :

– « Mais le jour de ses vingt ans il disparaîtra et deviendra… quoi donc, quoi donc… Un crapaud ? Non, un serpent ? Non ; oh, j’ai trouvé, un épouvantail, le plus laid des épouvantails, personne ne voudra y toucher et seul le frôlement de la main d’une jeune femme, sur son visage, pourra le sauver et lui redonner son apparence

Et elle se mit à rire méchamment en envoyant sur tous une pluie de postillons, de salive aussi collante que du bonbon, noir comme du goudron et malodorante comme de la crotte de chien. Puis elle disparue, dans un nuage de fumée.

L’être humain oublie vite et les années s’écoulant comme un long fleuve tranquille, personne ne pensa plus à la malédiction.

Le prince était beau, toujours en excellente santé, courageux ; il ne manquait pas de prétendantes ; tous les hommes l’admiraient ; les jeunes hommes voulaient tous être à son service. Enfin tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Mais voilà le temps passait et le prince fut bientôt à la veille de ses vingt ans. Il allait avoir exactement 20 ans à 12 heures, en ce beau jour d’été.

Le prince comme chaque jour, était allé voir plusieurs fermiers pour savoir si tout allait bien, il était 11 heures 59 minutes et 55 secondes. Il sortait de la ferme de « La Gaudrerie », une des fermes du château et à peine était-il monté sur son cheval que ce dernier partit au grand galop comme piqué par un insecte ; il galopait, galopait, mais il n’avait plus de cavalier ; Le cheval entra aux écuries du château, épuisé.

Le prince avait disparu.

Alors le roi et la reine pensèrent à la malédiction.

Commença alors la chasse aux épouvantails ; et Dieu sait si en cette période d’été où le grain de blé jaunit, mûrit, les épouvantails étaient nombreux pour éloigner corbeaux, corneilles et autres oiseaux.

Mais malgré toutes les recherches, malgré l’arrivée massive d’épouvantails au château, aucun de ces derniers ne s’éveilla à la caresse sur la joue de jeunes femmes éplorées qui venaient de partout pour sauver leur prince.

Non loin du château, il y avait un champ, un champ d’herbe tout bête, où jouaient les enfants de la ferme de « La Gaudrerie ».

Ce jour-là, l’aînée, Rose, gardait ses frères, ses sœurs et quelques enfants des fermes voisines. Elle avait 18 ans et toute la confiance des adultes ; elle était si sage. C’était un dimanche et tous, après avoir aidés durement leurs parents, avaient gagné le droit de se reposer un peu. On entendait des rires, des cris, des chants. 

Rose interpellait les enfants lorsqu’elle faisait une découverte : « Regardez là, un lièvre… Oh, ce papillon qu’il est beau… » 

Et les enfants à leur tour appelaient rose : « Rose, il y a un orvet, vite il va rentrer sous la pierre… Tu n’vas pas le voir, dépêches-toi… Oh, regarde ici, l’écureuil, on dirait qu’il a l’air coincé, le pauvre… »

Rose voyant la petit bête en difficulté, s’approcha doucement. Le petit écureuil ne bougeait pas et ouvrait de grands yeux tristes et effrayés. Elle pensa qu’il devait s’être coincé dans un piège.

Rose avançait péniblement ; une multitude de ronces lui barraient le passage ; mais elle voulait absolument sauver la charmante petite boule de poil roux. Elle s’entêtait et tout à coup elle comprit : l’écureuil était englué par les pattes arrière et la queue, dans une sorte de mélasse. Mais n’écoutant que son bon cœur, elle écrasa tout d’abord les ronces avec un bout de bois et dégagea ensuite l’herbe accumulée autour de la chose ; et se faisant, elle s’aperçut que c’était le plus horrible des épouvantails qu’elle n’avait jamais vu, visqueux et en plus sentant horriblement mauvais.

Se faisant violence, elle enleva la graisse et la paille coagulée autour des deux pattes arrière, cette paille représentant les cheveux de l’épouvantail, puis elle passa la main doucement entre la queue en panache de l’écureuil et la joue de l’épouvantail ; à peine avait-elle effleuré la joue de l’épouvantail que le charme fut rompu et le prince revint à la vie avec sa prestance habituelle.

Ce fut ainsi que le petit royaume retrouva son prince, grâce au grand cœur d’une jeune femme appelée Rose. 

Et comme dans tous les contes, Rose et le prince se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et vécurent très heureux.

De dépit, Mygaléa partit sous d’autres cieux et ne revint jamais. Et, personne ne la regretta.                                                                             

Michèle Denis, 2015

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